J’ai introduit le terme de contrefiction pour faire écho au mode contrefactuel des grammairiens et logiciens défini ainsi :

« Si A alors B » avec A (l’antécédent) Faux

Cela revient à considérer des possibles que le réel a détruits. Une part de la fiction est alors présentée explicitement comme pure fiction au sein de l’histoire lue comme « vraie ». Elle est en effet une fiction-dans-la-fiction, n’étant pas avérée, par rapport au «réel-dans-la-fiction» (selon la formule de Thomas Pavel à propos des univers saillants).

Plutôt que raconter ce qui est le narrateur décide de parler de ce qui n’est pas, et cette orientation paradoxale hors des sentiers de l’histoire racontée explique que son usage dans les textes narratifs soit très limité, quoiqu’on puisse cependant en dégager quelques visées courantes. On remarque aussi que la contrefiction fait une sorte de pendant à l’ellipse narrative (dire ce qui n’est pas / ne pas dire ce qui est) avec laquelle elle partage certaines affinités.

Cette notion a été établie dans un premier article « La contrefiction dans Jacques le Fataliste », paru dans la revue Poétique n°134 (avril 2003).

9782020573450

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Les débuts de romans balzaciens m’ont paru ensuite un bon exemple d’usage subtil de la contrefiction, surtout si on les met en regard de ce que pratique Robert Musil dans l’Homme sans qualités. Cela a fait l’objet d’un deuxième article dans cette même revue, à propos de ce que j’ai appelé « La description expérimentale chez Balzac et Musil » (revue Poétique, n° 145).

9782020840293

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Quelques grandes lignes sont proposées dans l’Atelier Fabula, ici, à enrichir si l’on veut !

Pour une petite idée de ce qu’est le contrefactuel dans l’histoire, ouvrant le champ virtuel de l’uchronie littéraire comme d’un vrai mode de pensée historiographique, on pourra lire « La pensée contrefactuelle de l’histoire : Corneille, Marx, Chateaubriand ».

Le cinéma exploite la contrefiction avec beaucoup d’efficacité… On songera par exemple au film Identity, de James Mangold (2003). Vous verrez pourquoi, si vous ne le connaissez pas encore.

La dimension politique de la notion a été explorée, avec beaucoup de fermeté, par Yves Citton, dans la revue Multitudes n°48, me faisant le plaisir de se placer sous la définition proposée dans « Contrefictions : trois modes de combat ».